Cotentin - Session du Samedi 16 août
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Bon. Allez. On se motive, vent de nord-est, pas facile. Ca peut tamponner, ça peut passer. Spot de côte Nord ou côte Est même. Je les connais à peine. Pas mal de fois à Urville quand même. Collignon une fois. Et c’est tout. Le reste de la côte, je la connais en surf. Mais alors en planche…
Toujours un peu fébrile de prendre la route seule.
C’est étrange, parce qu’en famille, en voiture, on parle pas non plus beaucoup pour aller sur les spots. On fait nos estimations sur le vent. On se donne des conseils. Enfin surtout papa pour nous. Et des conseils qu’on connait déjà souvent. Ca fait bruit de fond. Bruit d’ambiance sur le moteur. Ca fait pas beaucoup de bruit mais ça remplit. Parfois, entre les conseils connus, y a une anecdote qui se faufile, et là on tient un fil. Comme on tient un son sur la radio qu’on ne connait pas mais auquel on accroche. On le déplie, on l’étire. Papa nous parle de lui quand il était pas papa. C’est bizarre, une rencontre avec un souvenir de quelqu’un d’autre, ça nous appartient pas et pourtant on le reconnait, ça réchauffe.
Bref, je suis seule avec mes souvenirs, une 92L, une 3.7, une 4.7 et la vieille planche de ma mère. La voiture de mon grand-père est étroite, j’ai couché tous les sièges, même le passager, pour faire rentrer tous le matos. Ça passe à quelques centimètres. En poussant un peu. Large.
Je commence à Collignon, parce que y a un peu de houle, et que je veux m’amuser. La baie plate d’Urville ce sera pour un autre jour. J’arrive, j’me gare. Du vent jusqu’au bord c’est bon signe. Mais après un quart d’heure à lorgner l’eau, je comprends que le clapot du bord qui mousse était la série. Bon. Elles sont où les vagues. Je reprends la voiture et longe la côte vers l’est. Baie après baie. Je me souviens d’un spot où mon père s’était fait une méga session. Une fois. Où j’suis jamais allée.
Ok, ça se tente. Au pire, c’est pas très loin, j’aurai qu’à revenir faire joujou à Collignon. Je check ma montre. En avance, comme d’hab.
Ok, je suis large.
Après des ruelles étroites entre des belles baraques, à slalomer entre des BMW et des Tesla, je débouche sur la route de la mer qui descend vers la plage. Houhou, yeah. That’s it. That’s what I wanted. Je danse sur mon siège. Une houle passe dans la baie en creusant pour finir sur un shorebreak de sable. Je me gare et check le vent. Carton au large, ça rentre coup-çi, coup-ça dans la baie. Mais avec des vagues comme ça, ça se met à l’eau direct. Je demande à droite à gauche ce que les gens gréé mais bon, je sais quoi mettre. 4,7, 92L, le choix est easy.
En moins de deux, je suis à l’eau. Session régalade. Un mec qui me pensait pas du coin m’a dit de me méfier du courant, avec le cap proche. Résultat, je planche un peu plus haut, toute seule pratiquement sur la vague. On chope la houle dans l’entrée de la baie, qui grossit, se double un peu. Se triple et se quadruple aussi. Houle de vent quoi. Il faut bien lire la vague pour rester dedans. Je me fais avoir plusieurs fois avant de comprendre comment me placer. Et puis après, on commence à s’amuser. Surf sur les houles, les quelques bols qui se lèvent. Faire gaffe à pas trop monter en haut de vague pour pas passer derrière. Ca enchaine les vagues sur cette belle fin de journée. Le vent souffle toujours aussi fort après le cap, je suis à la rue et je tourne difficilement. Je sors la technique du demi virement de bord / waterstart. C’est la gavade de vague, mais le vent faiblit dans la baie. Je loupe plusieurs belles séries. Sans vent, posée, à les voir passées. Je finis par poser ma planche à voile et sortir le surf pour la in de session, histoire de finir de me défouler et de profiter jusqu’au bout de ces vagues. Deuxième fois en un mois et demie qu’il y a des vagues en Normandie, c’était vraiment un été de merde.
Je finis par remonter le matos tranquillement, heureuse de la session. Reboostée au windsurf pour un petit moment. Ca fait tellement du bien de se mettre à l’eau. En dégréant, je sens que j’ai peut-être un peu trop mulé sur mon pied de mât. Ok, la technique de la rallonge marche pas. Bon. Heureusement, je ne suis pas la seule planchiste à remballer. Je m’approche d’un papa avec ses deux enfants, et lui demande s’il peut m’aider. Il essaye avec les mains. Quan je dis que j’ai mulé, c’est que j’ai mulé. On a une expression chez nous : « Tu l’as serré comme un Sorlut ». Plus équipée que moi, il sort une sorte de balayette, et après quelques coups, parvient à desserrer le pied de mât. Super, je vais pouvoir rentrer. Je prends un moment pour profiter du fait d’être dans ma vingtaine, avec une voiture, une planche, deux voiles, sur une plage de sable, à regarder le coucher de soleil après une super session. Je prends une photo encore en combinaison pour me souvenir de ce moment dans quelques années. Je sens qu’on me regarde et je regrette presque. « Ça va faire instagrameuse, elle se la joue trop, pour qui elle se prend ? ». Je soupire. Et puis je me dis merde. Dans 20 ans, je me souviendrai pas de ça mais de cette super session, alors tchiao, je me change et je rentre.
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