Waterproof
Critique de My father's son, Sheng Qiu, 2025
Voilà un film qui vous rafraichira durant ce brûlant été. My Father’son est le second long métrage de Sheng Qiu, réalisateur chinois largement récompensé à l’international pour son premier film, Suburban Birds (2018). Il explore ici le chemin de deuil de Qiao Zou face à la figure violente de son père boxeur, Jiantang Zou.
Ce qui nous saisit d’abord et nous fait véritablement plonger dans ce film, c’est la façon dont les plans coulent et découlent. Liquidité de la caméra dans ses mouvements, l’eau est partout présente. Elle résonne d’autant plus que les bruits d’eau sont accentués. Nous nous aventurons dans une allée méditative où les sons nous bercent jusqu’après le générique. Regarder My Father’son, c’est oublier que l’on regarde, pour se contenter d’écouter. C’est faire exister des images par le son. En ce sens, ce film est une bulle de tranquillité dans le brouhaha parisien, un moment de pause reposant. Parfois, cette fluidité dérange. Les changements de séquence se font sur des détails, les sauts temporels ne sont pas marqués. Il faut quelques instants pour comprendre où l’on se situe et quand. Mais si l’on accepte de se laisser porter par le courant, la qualité d’attention du réalisateur se révèle.
Par la minutie de ses plans, Sheng Qiu nous immerge dans son odyssée humaine. Un jeune homme noyé sous les injonctions hiérarchiques et familiales fuit son deuil dans des bains et virées nocturnes. Il revisite son père, par les objets, les souvenirs, jusqu’à se retrouver submergé par son fantômes. En effet, des années plus tard, il entraine une IA boxeuse, qui finit par prendre les traits de son père. Il se retrouve de nouveau confronté à cette figure brutale. La réconciliation se fait lors d’une ballade urbaine nocturne en voiture. La vision du casque de réalité virtuelle confond bâtiments et arbres dans un tableau lumineux et joyeux. Sheng Qiu dépasse, peut-être un peu tard, la binarité entre une nature vraie et une urbanité artificielle. La nature, qui se trouvait auparavant prisonnière sur les papiers peints, derrière des vitres, dans les souvenirs, prend une nouvelle densité et trouve enfin sa place dans ce nouveau monde.
Car ce film nous parle à tous, puisqu’il explore trois figures générationnelles : le Père, le Fils, l’Homme Artificiel. Un père enfermé dans le passé, un fils dépassé par le présent et un homme du futur sans passé. Il connecte et fait dialoguer trois temporalités. C’est un film qui se regarde pourtant très facilement, malgré la densité de thèmes abordés : évolution, atavisme, deuil, société de spectacles, artificialisation de la nature, technologie, questionnement sur la famille et la filiation… Cela vient sûrement de la beauté des plans et des décors choisis, ainsi que de la qualité des acteurs, qui portent, sans en rajouter, cette histoire. Ainsi, sans partir dans une démonstration d’idées, ce film reste avant tout une histoire intime qui nous parle directement.
My Father’son s’écoute comme un conte générationnel contemporain. Avec une simplicité étonnante et rafraichissante, Sheng Qiu nous parle d’humanité dans un futur d’artificialité. Loin des scénarios catastrophes ou des dystopies alarmistes, ce réalisateur trouve une façon touchante de nous faire réfléchir sur la façon dont chacun peut vivre dans le court terme un changement générationnel.
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