L'illusion - NOUVELLE

Publié le 5 novembre 2025 à 20:09

Genre : Nouvelle

Longueur : 5 pages

Date : Février 2024

Contexte : Rêve

Statut : Disponible

Difficile d’appeler encore ça une ville. Une ville, on y marche, on y flâne, on a la place de tomber amoureux. Moi, j’ai 4 mètres carrés pour naître, dormir, rêver, manger, respirer, aimer et mourir. Autant dire que je ne fais rien de tout cela. Ce n’est plus grandement intéressant, ni nécessaire. La seule chose nécessaire, c’est notre connexion au Monde.

Pas le monde physique évidemment, trop limité, trop lent. Pas ce monde de boîtes translucides, amoncelés les unes sur les autres, à se demander si le Ciel et la Terre ne sont que des inventions bibliques. Ne l’ayant jamais vu, je ne pense pas qu’ils existent. Je ne crois qu’en la machinerie, qui m’amènent nourriture et oxygène dont j’ai besoin.

Enfin, ça, c’était avant la Grande Guerre. Des Pirates se sont mis à couper les tuyaux, si on ne leur versait pas toutes les ressources que nous possédions dans le Monde.

Le Monde, c’est le rêve qui a pris la place de la réalité. On se connecte grâce à des ports USB, encore des branchements, qui embrassent directement la peau, et on plonge dans un monde parallèle, où la seule limite est notre imagination. Absolument aucune règle, chacun est capable de faire ce qu’il veut, puisque le Monde est infini, le Monde est gigantesque, et le Monde a quelque chose de magique. Avait, quelque chose de magique.

La Grande Guerre a tout tranché. Il y avait autant d’équipes que d’individus, les alliances changent plus rapidement que les connexions. On se bat, mais contre qui, ou pour quoi, on l’ignore. On se bat pour survivre dans le Monde.

Car une autre particularité du Monde, ce qui le rend magique, et addictif, c’est qu’il est vrai. Le bonheur, les sensations, sont les mêmes, la douleur aussi, et bien sûr, la mort.

Apparemment, c’était une façon de contrer la surpopulation. Dans le monde, la vie est faite de carré et de tubes, une ville translucides où chacun se voit, sans voir le bout du monde. Et dans le Monde, la vraie vie commence, sur un terrain vierge de tous codes ou républiques.

Le jour où tout a changé, nous nous battions contre une masse de guerriers fantasy, avec des armes blanches croisées avec des avancées Steam punk. Je croyais être avec une armada organisée de Marines hier, mais je me retrouve avec une petite faction de nains roses. Je me remets au diapason, et change mon apparence.

Je sursaute, plus par surprise que douleur. Une balle à fusion vient d’effleurer mon épaule, la déchiquetant. L’une des règles de ce Monde sans règles, est de ne pas attaquer en plein changement. Je me retourne et presse la plaie. La douleur prend une tournure trop vraie, trop violente pour être amusante.

L’armée en face avance avec méthode et connaissance de combat, ils sont parés, ils ne jouent pas. Je remarque alors leur écusson, au moment où un de mes coéquipiers le voit aussi et hurle : « Les Pirates ! ».

Et c’est la fuite, la fin du monde Magique aux utopies humaines. Chacun pour sa peau, car les Pirates sont des chausseurs, sont des tueurs. Je vois blanc et menace de tomber dans les pommes. Je dois renoncer à courir et me planquer pour cautériser la plaie. Je monnaye des soins contre mon repas de ce midi dans le Chat mondial.

Ils ont dû épier ma conversation, et j’entends des pas s’approcher à toute vitesse. Des dents se jettent sur moi, et me tirent hors de mon trou. Une femme avec une mâchoire de dinosaure me regarde avec faim.

Les Pirates s’approchent en rigolant. Et le jeu commence. Le jeu de déchiqueter lentement la proie, le premier qui la tue a perdu. J’avais vu des milliers de fois ces vidéos, en me sentant détacher, mais aujourd’hui, je suis la lapin, et il s’attaque en premier à ma cuisse. Le muscle gicle aussitôt, je vois les nerfs, blancs et tendres, et l’os en dessous, qui me font de l’œil. Un Pirate brise chacun de mes doigts, plusieurs fois, pour les briser. Je tente vainement d’écourter la journée pour repartir dans l’autre monde, mais ils loquent mes sorties, et je me vois me faire lacérer, la douleur étant si forte, qu’elle ne franchit pas ma gorge, elle reste bloquée dedans, comme une boule hurlante. La femme dinosaure croque dans mon cou et la boule explose. Je gerbe mes tripes, j’hurle mon sang, qui se répand sur les dalles de cette Ville fausse, mes tripes ressortent par ce trou béant, j’étouffe dans mes propres viscères.

C’est alors qu’Il apparut. Dans une lumière irréelle, qui venait peut-être plutôt de ma mort imminente, un vieil homme sage avec un bâton désintégra les Pirates d’un mouvement tranquille de la main. Il s’approcha doucement de moi, les bruits étaient suspendus, et je ne reconnaissais plus le temps. L’approche de la mort semblait presque délicieuse à présent.

« — Pas tout de suite. »

Il me souleva comme si j’étais de nuage et pénétra une porte qu’il avait créé.

Et le noir nous mangea.

*

Je me réveillais, dans ma case, une couette blanche sur moi. Le vieil homme attendait mon réveil. J’essayais de me lever, mais des élancements violents me clouèrent sur le lit.

« Pas trop vite. »

Je gémis et m’évanouis.

*

Quand je me réveillai, Cela avait déjà débuté. Nous avons passé trois jours à discuter avec le vieil homme, de choses que le Vrai monde ne doit pas encore attendre. Il m’a dit être fatigué, être trop vieux, devoir passer le rôle.

« — Quel rôle ?

  • Sauver l’humanité. Les Pirates font partie de la manigance, qui vise à sortir les gens sortables du Faux Monde. Certaines ne dormaient plus, se passaient de respirer, j’ai vu des choses mutantes en passant dans les tuyaux de la ville, des chairs humaines qui se mariaient avec le métal froid et respiraient avec. Il va falloir que choisisses bien qui sortir, ils doivent vivre, et se rallier à ta cause, car ils doivent surtout être discret. Il y a des machines qui rôdent et qui expient dans le Vrai monde. La Grande Guerre devra se mener ici. Choisi bien. »

Quand le vieil homme est mort, une fois répandu son savoir et sa cause, il s’est affaissé comme un drap relâché. Je l’ai délesté de ces habits que j’ai revêtis. Une sirène violente explosa dans la ville. Au-dessus de moi, une centaine de blocs plus haut, une ombre menaçante obscurcissait la lumière. Un craquement se répercuta sur toutes les surfaces de verres des cubes. Et il commença à pleuvoir. Une pluie drue, qui avait la consistance d’une âme, glissait sur les parois, se répandait, un voile rouge de sang frais, qui réchauffait les parois sous la main, puis se dissipait et laissait la vitre propre, ou impropre à la mort.

Les gens connectés tout autour n’avait rien perçu, il continuait de jouer à leur vie. Quelqu’un surfait à ma droite, un autre s’était payé une pute, un autre était recyclé et remplacé par un nouveau-né. Il fallait les sauver.

Je vis l’ombre descendre, et su qu’elle était pour mon ami. Je me glissai rapidement dans un conduit, mais un appui mal placé brisa le métal fin. Mon corps passa au travers et je chutais vers le noir et le sombre. Une chute qui dura je ne sais combien de temps. Je touchai l’eau et fut assommer net. Mes membres se disloquèrent un à un, flottèrent sans but, de-ci, de-là.

Un frisson me parcourut. J’avais échoué sans même avoir commencé. J’admirai l’architecture discrète d’un monde oublié. Les bas-fonds de la ville avait des airs d’égouts dans une cathédrales sombres et humides.

Je me sentais partir, ça y est, j’allais mourir, encore une fois. Dans un autre monde, entre ici et quelque part d’autre, une autre porte imaginaire s’ouvrit. Je voyais la cathédrale oubliée, ainsi qu’une plaine sèche, en même temps, et il me semblait, par flashs, décelait un lit sous moi, dans une salle blanche. Un cordon apparut, puis disparut, derrière ma tête. Je tentai de l’atteindre et de tirer dessus, il se dérobait, je le tenais, je tirai fort.

Une main prit la mienne, là-bas. Un visage caché derrière un masque, avec des yeux humains qui faisait des choses inhumaines. Je savais déjà ce qui allait se passer. La personne décrocha ma main, et pianota sur un clavier. Mes yeux se fermèrent contre moi, et je senti ma respiration se bloquer, mes poumons s’asphyxier, je me noyais la tête hors de l’eau. Tout ça, pour comprendre, que le monde était faux lui aussi, que nous avions vécu dans une illusion imbriquée dans une autre illusion.

Mes poumons explosèrent doucement, sans bruit, et le Vrai monde n’en saura  rien, et le Faux Monde aussi. Personne ne saura que je suis mort là, dans les cathédrales oubliées d’un monde qui n’existe pas.

*

Quelques part aux Etats-Unis, lieu confidentiel, dans un bureau privé.

  • Encore un cas d’échappatoire, monsieur le président.
  • Rien d’affolant, il s’agit d’un individu sur 100 000, nous pouvons encore endiguer cette maladie de la vérité. Nous avons cependant bien fait de rajouter une étape dans l’Illusion.
  • Cela donne un but aux rebelles, qui sont bien loin du compte.
  • Le métier de Président n’a jamais été aussi évident qu’avec cette machine !
  • Fêtons cela !
  • Je suis d’accord, mais revenons sur Terra XXW – 12, ce monde d’Illusion me donne la nausée a trop y rester.
  • Bien monsieur.

Les deux hommes décrochèrent quelque chose derrière leur tête et disparurent.

 

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